Mutuelle santé et prévoyance : comprendre l’origine de la hausse des cotisations

Depuis plusieurs années, particuliers comme entreprises constatent une augmentation régulière des cotisations de mutuelle santé et de prévoyance. Cette évolution suscite légitimement des interrogations. Est-elle liée à une surconsommation de soins ? À une mauvaise gestion des contrats ?

En réalité, le phénomène est plus structurel. Il s’explique principalement par une transformation progressive du financement de notre système de protection sociale.

Trois facteurs majeurs à l’origine des hausses

Plusieurs évolutions de fond pèsent durablement sur l’équilibre des contrats santé et prévoyance :

  • Le vieillissement de la population, qui entraîne mécaniquement une hausse des besoins médicaux et des arrêts de travail ;
  • Des soins toujours plus innovants et personnalisés, souvent plus efficaces, mais aussi plus coûteux ;
  • Un recul progressif de la prise en charge par l’Assurance Maladie sur certains actes, médicaments ou prestations.

Ce dernier point est central : lorsqu’un remboursement diminue côté Sécurité sociale, la dépense ne disparaît pas. Elle est reportée sur les organismes complémentaires — mutuelles, assureurs et institutions de prévoyance — ou, à défaut, sur les assurés eux-mêmes.

C’est ce mécanisme que l’on appelle le transfert de charges.

Qui finance réellement les dépenses de santé aujourd’hui ?

Le remboursement des soins en France repose sur un équilibre entre trois acteurs :

  1. L’Assurance Maladie obligatoire, qui intervient selon des bases et des plafonds fixés par l’État ;
  2. Les organismes complémentaires, qui prennent en charge tout ou partie du reste à charge selon les garanties souscrites ;
  3. Les assurés, qui supportent une part croissante des dépenses non remboursables (participations forfaitaires, franchises médicales, dépassements).

À cela s’ajoute la contribution indirecte des entreprises, tenues depuis 2016 de financer au moins 50 % de la mutuelle collective de leurs salariés.

Les données publiées par la DREES confirment cette évolution :

  • la part financée par la Sécurité sociale diminue,
  • celle supportée par les complémentaires atteint désormais 12,8 % des dépenses de santé, soit 33 milliards d’euros,
  • et la contribution directe des ménages progresse également.

Autrement dit, la solidarité nationale se redessine… au profit des complémentaires.

Prévoyance : un glissement comparable

En matière de prévoyance (arrêts de travail, invalidité, décès), la logique est identique :

  • la Sécurité sociale verse un socle de prestations,
  • les régimes de prévoyance complètent ces montants,
  • et, en l’absence de garanties suffisantes, le salarié supporte une perte de revenus parfois significative.

Les assureurs complémentaires, soumis à des règles de solvabilité strictes, ne peuvent absorber durablement ces charges supplémentaires sans ajuster leurs cotisations.

Des exemples concrets de transfert de charges

Soins dentaires : un effort accru pour les complémentaires

Depuis l’automne 2023, la prise en charge de nombreux soins dentaires courants par l’Assurance Maladie a été revue à la baisse.

Résultat : le ticket modérateur augmente, et ce sont les complémentaires santé qui comblent l’écart lorsque le contrat le prévoit.

Pour l’assuré, le reste à charge peut rester stable — notamment grâce au dispositif 100 % Santé — mais le coût supporté par l’assureur, lui, progresse fortement, ce qui pèse à terme sur l’équilibre des contrats.

Certaines mesures récentes, comme l’évolution du programme « générations sans carie », renforcent encore cette tendance en transférant une partie du financement vers les complémentaires.

Transports sanitaires : une prise en charge réduite

Autre illustration : les transports sanitaires programmés.
Là où l’Assurance Maladie couvrait auparavant une large part du coût, son taux de remboursement a été abaissé, laissant une part plus importante à la charge des complémentaires ou des patients.

Ces mesures, justifiées par la maîtrise des dépenses publiques et le coût croissant des transports médicaux, ont un effet immédiat sur les contrats santé.

À noter : la gratuité des transports sanitaires urgents, instaurée par la loi, est partiellement compensée par cette baisse de remboursement sur les transports non urgents, comme l’a souligné l’Unocam.

Indemnités journalières : un impact direct sur la prévoyance

Depuis avril 2025, le plafond de salaire pris en compte pour le calcul des indemnités journalières de la Sécurité sociale a été abaissé.
Conséquence :

  • les employeurs doivent maintenir une part de salaire plus importante,
  • les régimes de prévoyance collective sont davantage sollicités,
  • les salariés non couverts subissent une baisse nette de leurs revenus en cas d’arrêt de travail.

Cette réforme, destinée à générer des économies pour la Sécurité sociale, se traduit donc par un coût reporté sur les entreprises, les salariés et les assureurs.

D’autres facteurs structurels à ne pas négliger

Plusieurs éléments viennent accentuer la pression financière sur les complémentaires :

  • le coût durable du dispositif 100 % Santé, notamment en dentaire,
  • la hausse globale et continue des dépenses de santé,
  • l’intégration de nouvelles thérapeutiques et vaccins, bénéfiques pour la santé publique mais onéreux à financer.

PLFSS 2026 : une tendance qui se confirme

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 s’inscrit dans la continuité des années précédentes.
Elle a instauré  de nouveaux mécanismes de contribution des organismes complémentaires, dont une taxation exceptionnelle évaluée à 1 milliard d’euros et plusieurs transferts de financement.

Sans surprise, ces mesures pourraient, à terme, se répercuter sur les cotisations des contrats individuels et collectifs.

L’accompagnement Thalia : anticiper plutôt que subir

Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas seulement de constater la hausse des cotisations, mais de piloter intelligemment les garanties :

  • adapter les niveaux de couverture aux besoins réels,
  • sécuriser les revenus des salariés en cas d’aléa,
  • préserver l’équilibre financier des entreprises.

Chez Thalia, nous accompagnons dirigeants et particuliers dans la compréhension de ces évolutions et dans la construction de solutions de mutuelle et de prévoyance durables, lisibles et adaptées, en tenant compte à la fois des contraintes réglementaires et des réalités humaines

Zoom : Exemple de remboursement : couronne céramo-métallique

  • Prix facturé par le dentiste : 550 €
  • Tarif de convention de la Sécurité sociale (TC) : 120 €

Avant octobre 2023

  • Assurance Maladie Obligatoire (AMO) : 70 % du TC – 84 €
  • Complémentaire santé 100 % du TC : prend en charge le reste soit 36 € (120 − 84 €)
  • Reste à charge patient : 430 € (550 − 120).
  • Le tarif de convention sert de base de remboursement pour l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO). Tout ce qui dépasse ce tarif, ici 430 €, n’est pas remboursé par l’AMO et constitue un reste à charge. L’AMO ne rembourse donc que sur le tarif de convention.

Depuis octobre 2023

  • Assurance Maladie Obligatoire : 60 % du TC = 72 € (soit 12 € de moins)
  • Complémentaire santé : prend en charge le différentiel de remboursement, soit 12 € de plus qu’avant (120 – 72 = 48 €)
  • Reste à charge patient : identique

À noter :

  1. Pour simplifier la démonstration, nous avons pris la complémentaire santé à 100 % du TC. Dans la réalité, elle peut prendre en charge davantage, ce qui réduit encore le reste à charge du patient.
  2. Si la prothèse fait partie du panier 100 % Santé, le contrat santé responsable rembourse la totalité du reste à charge. Même si l’Assurance Maladie rembourse moins sur certains soins ou prothèses, la complémentaire santé couvre le reste, donc le patient n’a pas forcément plus à payer. Le vrai impact se fait surtout sur le montant que l’assureur complémentaire débourse.

 

Auteur : Conseil Santé

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